Les débuts de l'aviation à Romorantin et à Pruniers
Source : Bulletin Société d'Art, Histoire et Archéologie de Sologne, n°4, 4ème trimestre 1985

 

C'est à l'initiative d'un Romorantinais, Emile REDOUIN, professeur au collège, que se constitua, parmi les notabilités locales, la Société "Pour le Développement de l'Aéronautique". Rapidement, cette jeune société "Pour le Développement de l'Aéronautique" devint la "Station Aéronautique Militaire" et elle s'établit aux buttes de tir du régiment d'infanterie de Romorantin. La construction d'un hangar devint nécessaire. Ce hangar sera ensuite donné après la Libération à l'aéro-club de Sologne qui le transféra à son terrain de Pruniers.

Emile REDOUIN fut aussi fondateur d'une société de gymnastique et, en 1911, de la Société d'Art et d'Archéologie de Sologne. Il est né en Vendômois et mourut à Romorantin le 8 septembre 1937.

Pour satisfaire la curiosité des solognots, Emile REDOUIN et ses amis organisèrent les 4 et 5 juin 1911 les Grandes Expériences d'Aviation à grand renfort de publicité et avec le concours des autorités locales.
Le 3 juin 1911, le petit monoplan "Blériot" équipé d'un moteur Viale de 60 cv de l'aviateur DAUCOURT, chef de pilote de l'aérodrome d'Issy-les-Moulineaux fut exposé sous la halle de Romorantin, où, moyennant cinquante centimes, nos compatriotes purent l'admirer à loisirs.


Halle de Romorantin en 1910

L'avion était arrivé par la route sur la remorque d'un camion accompagné du pilote et de deux mécaniciens qui procédèrent aussitôt au montage. Celui-ci terminé, DAUCOURT fit ronfler le moteur, si bien que l'on ne s'entendait plus... L'aviateur fit monter plusieurs enfants dans l'aéroplane.


M. DAUCOURT
sur monoplan Blériot, moteur Viale 50 H. P.
Collection of Didier Lecoq, 5-18-05

Le 4 juin, à 13 heures, l'appareil démonté, installé sur son chariot spécial et escorté de nombreux romorantinais, fut conduit au terrain de la Butte.

Cette dénomination de la Butte date de la fin du XIXème siècle étant donné l'aménagement de deux buttes de tir installées pour les besoins du bataillon du 113ème régiment d'infanterie qui occupait la caserne Deflandre de Romorantin jusqu'en 1919. Cette caserne se trouvait dans le quartier de l'Île Marin, près de la Sauldre, là où après la libération a été édifiée le cité Leclerc. La caserne a été incendiée par les allemands en août 1944. Ces buttes de tir n'étaient d'ailleurs plus utilisées à partir de la construction du stand de la rue Saint-Marc. La terre de la butte située près de la ligne de chemin de fer de l'aviation a été enlevée en grande partie en 1939 afin de renforcer les abris de protection contre les bombardements. La seconde butte, plus importante, se trouve à environ 200 m au sud de la précédente.

Des milliers et des milliers de curieux accourus de toute la région se pressaient au guichet d'entrée. Il en coûtait 2 francs pour accéder au pesage et 1 franc pour la pelouse, enfants et militaires payant demi-tarif.
Pendant que les deux mécaniciens effectuaient le montage, l'Etoile Sportive de Sologne disputait un match de football et le Rallye Sellois exécutait des sonneries de trompes de chasse.
Enfin, à 16h30, l'aviateur vérifiait une dernière fois les commandes en se déclarant satisfait. A ce moment l'émotion du public était à son comble.
Voici ce que disait le journal "L'Echo de la Sologne du 11 juin :
"Ayant fait ses adieux à sa femme et à ses amis, DAUCOURT s'envolait après avoir roulé une centaine de mètres et exécutait un premier vol de 8 minutes et demie en direction de Romorantin à environ 200 mètres de hauteur. A l'atterrissage, la foule lui fit une immense ovation et le maire de Romorantin offrit le champagne. DAUCOURT se déclara enchanté de son vol, sauf pendant la traversée du petit ruisseau de Saint Marc où il ressentit un courant d'air. A 18 heures, il s'envola à nouveau pendant 20 minutes et s'éleva à 450 m. Le lendemain, il n'y avait que peu de spectateurs et un vent assez fort ne s'apaisa qu'en fin d'après-midi. Après 18 heures seulement, l'aviateur pouvait décoller et effectuait le tour du clocher de Romorantin.

Cette manifestation aéronautique resta profondément marquée dans nos annales locales. D'après M. LECLERT, notre regretté conseiller général qui y assista, il y eut plus de monde qu'à la foire de Maray. Par conséquent l'assistance peut être évaluée à 10 000 personnes environ.


Le Lieutenant Daucourt est représenté ici (à droite)devant son appareil prêt à partir pour des bombardements durant la première guerre mondiale

DAUCOURT est né à Troyes le 9 avril 1879, il s'engagea pour 4 ans le 15 avril 1897 et fut incorporé au 69ème régiment d'infanterie. Il passa ensuite dans l'aviation. Il fut breveté pilote civil le 15 juin 1911 et pilote militaire en décembre 1912. Le 2 août 1914, il fut rappelé à l'activité par suite de la mobilisation générale et affecté au 1er groupe d'aviation, escadrille B.L. 9. Le 10 décembre 1914, il passe instructeur à l'école d'aviation de Pau et est nommé sous-lieutenant le 8 février suivant. Il atteindra le grade de capitaine et devint chef de pilotage au groupe des divisions d'entraînement. Il sera maintenu en service à titre exceptionnel du 9 avril 1940 au 9 avril 1941. Il fut médaillé militaire le 7 août 1913, chevalier de la Légion d'Honneur le 26 avril 1916 et décoré de la Croix de guerre par citation à l'ordre de l'Armée du 1er avril 1916. Il mourut à Paris, XIIème, le 22 mai 1961, âgé de 82 ans.

Pendant la première guerre, l'aviation utilisa le terrain de la Butte. On lit en effet dans le registre du conseil municipal à la date du 18 juillet 1915 que le "hangar d'aviation reçoit journellement des avions venant d'Avord et que parfois il y a lieu à des petites réparations. Il est envisagé la construction d'un petit bâtiment pour servir d'atelier de réparation et pour loger les caisses d'essence nécessaires aux avions". Précisons que les aviateurs venant d'Avord effectuaient leur triangle afin d'obtenir leur brevet de pilote. Ce n'est qu'en mai 1917 que les Américains installèrent le camp de Pruniers, repris en compte en 1920 par le Magasin Général d'Aviation n°3. Cependant dans la délibération municipale précitée, on apprend que l'Etat avait l'intention de créer une école d'aviation. Puis les années passèrent et l'on aandonna la Butte dont une partie du terrain servit de dépôt d'avions hors d'usage, des Capronis notamment.


Avion Caproni

En 1927, la société civile des avions Hanriot de Bourges s'intéressa au terrain de la Butte. Les notaires Barat pour la société et Girard pour le principal propriétaire voisin, le vigneron BONNISSEAU, domicilié à Saint-Marc, commune de Pruniers, engagèrent des pourparlers nécessaires à la réalisation du projet qui eut son écho au conseil municipal de Romorantin. Le maire exposa "que la société des avions Hariot demande une option pour le terrain de tir et de manoeuvre en vue d'y installer une école de pilotage". Le conseil "estime que cette création serait avantageuse pour la ville au point de vue de son commerce local et que d'autre part il y a lieu d'espérer que l'école pourra amener par la suite la création d'une station commerciale aéronautique". Le conseil donne un avis favorable. Le loyer était fixé à 1000 francs par an et un bail serait passé pour une durée de 5, 10, 15, 20, 25 ou 30 ans résiliable à l'expiration de chaque période quinquennale au gré du locataire. Un bail fut envisagé avec promesse de vente au bout de 30 ans. Le prix étant fixé forfaitairement à 30 000 francs. Malheureusement pour l'économie locale, le projet fut vite abandonné pour deux raisons.
Ce fut d'abord le refus du vigneron BONNISSEAU que son notaire ne put convaincre de vendre deux hectares d'asperges situées au milieu des installations envisagées. Puis l'armée y fit opposition. Les services de la guerre observant que le terrain ne remplirait pas les conditions d'un terrain d'école, son extension étant trop difficile en cas de mobilisation et sa distance du Centre d'Entrepôt Spécial d'Aviation de Pruniers étant trop faible pourrait nuire au développement dece dépôt lui même.
Et l'on ne parla plus après cela du terrain de la Butte.

En ce qui concerne le terrain d'aviation de Romorantin-Pruniers, il y vit passer nombre d'aviateurs célèbres :


-Georges BELLONTE, le compagnon de COSTES durant la première traversée de l'Atlantique Est-Ouest en 1927. Il déclara en 1981 que pendant la guerre 14-18 il y venait chercher des avions.


COSTES ET BELLONTE

-Le captain américain Quentin ROOSEVELT, le plus jeune fils de Théodore ROOSEVELT qui fut président des Etats unis de 1901 à 1909. C'était l'un des hommes les plus populaires et les plus téméraires de l'aviation Américaine. il fut tué en combat aérien aux environs de Château-Thierry le 14 juillet 1918.

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